Deux contributions visent les contribuables français aux revenus élevés : la CEHR (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus), en place depuis 2012, et la CDHR (contribution différentielle sur les hauts revenus), instaurée par la loi de finances pour 2025 et dont la reconduction a été débattue lors du vote du budget à l'automne 2025. Pour un frontalier retraité, le danger n'est pas le revenu courant : c'est l'année du retrait du capital LPP, qui peut faire bondir le revenu fiscal de référence et déclencher ces deux contributions d'un coup.
pour une personne seule
pour un couple
par la CDHR
que la CDHR peut neutraliser
Le revenu fiscal de référence, le vrai déclencheur
La CEHR comme la CDHR ne se calculent pas sur le revenu imposable classique, mais sur le revenu fiscal de référence (RFR). Or le RFR intègre des revenus qu'on oublie souvent : les plus-values, les dividendes soumis au prélèvement forfaitaire unique, et surtout, pour un frontalier, le capital de 2e pilier (LPP) retiré en une fois. Un capital de 500 000 CHF perçu l'année du départ à la retraite gonfle mécaniquement le RFR de cette année, même s'il est par ailleurs imposé à un taux réduit.
Autrement dit, un frontalier qui touche une retraite modeste toute sa vie peut franchir le seuil de 250 000 € une seule année, celle du retrait du capital, et se retrouver concerné par des contributions pensées pour les très hauts patrimoines.
La CEHR : la contribution historique
En place depuis l'imposition des revenus 2011, la CEHR s'applique par tranches sur la fraction du RFR qui dépasse les seuils :
| Fraction du RFR | Personne seule | Couple (imposition commune) |
|---|---|---|
| Jusqu'au 1er seuil | 0 % jusqu'à 250 000 € | 0 % jusqu'à 500 000 € |
| Tranche intermédiaire | 3 % de 250 000 à 500 000 € | 3 % de 500 000 à 1 000 000 € |
| Tranche supérieure | 4 % au-delà de 500 000 € | 4 % au-delà de 1 000 000 € |
Un mécanisme de lissage (système du quotient) existe pour atténuer l'effet d'un revenu exceptionnel ponctuel, comme justement un capital de retraite. Encore faut-il le demander correctement dans la déclaration.
La CDHR : l'impôt plancher de 20 %
La contribution différentielle est plus récente et plus redoutable. Son principe : garantir que les foyers dont le RFR dépasse 250 000 € (personne seule) ou 500 000 € (couple) paient au moins 20 % d'impôt effectif sur ce RFR. Si l'addition de l'impôt sur le revenu et de la CEHR reste inférieure à ce plancher de 20 %, la CDHR comble la différence.
Le capital de 2e pilier perçu par un résident français est en principe imposé via le prélèvement forfaitaire libératoire de 6,75 % (article 163 bis du CGI). Mais ce capital entre dans le RFR. Si ce RFR dépasse 250 000 €, la CDHR peut exiger de porter l'imposition effective à 20 % : l'avantage du taux à 6,75 % est alors partiellement neutralisé. Sur un capital de 500 000 €, l'écart entre 6,75 % et 20 % se chiffre en dizaines de milliers d'euros. C'est exactement le type de situation qui se planifie en amont, pas l'année du départ.
Exemple chiffré pour un frontalier
Marc, célibataire, prend sa retraite et retire 480 000 CHF de capital LPP la même année, en plus de ses premières rentes. Son RFR de l'année franchit le seuil de 250 000 €. Sans planification, il subit la CEHR sur la fraction haute de son RFR, et la CDHR peut relever son imposition effective vers 20 %, bien au-dessus des 6,75 % attendus sur le capital. En échelonnant son retrait sur deux comptes de libre passage et sur deux années fiscales, il maintient chaque RFR annuel sous le seuil et évite le déclenchement. L'économie potentielle dépasse souvent 30 000 €.
Comment éviter le déclenchement
- Échelonner le retrait du capital LPP : ouvrir plusieurs comptes de libre passage et étaler les retraits sur plusieurs années fiscales pour lisser le RFR. C'est le levier le plus efficace.
- Arbitrer rente ou capital : dans certains cas, conserver une part en rente évite le pic de RFR d'une année. À mettre en balance avec l'avantage fiscal global du capital.
- Choisir l'année de transition : l'année de cessation d'activité, les autres revenus sont plus faibles, ce qui laisse parfois de la marge sous le seuil.
- Activer le système du quotient pour la CEHR sur les revenus exceptionnels, et vérifier l'éligibilité au mécanisme de décote de la CDHR à l'entrée dans le dispositif.
Ces arbitrages se combinent avec le reste de la stratégie de retraite frontalier : ordre de liquidation des pensions, convention franco-suisse, remboursement de l'impôt suisse. Voir notre guide fiscalité de la retraite frontalier et notre page planification retraite frontalier.
La CDHR a été créée pour les revenus 2025 et sa reconduction a été discutée lors de l'examen du budget à l'automne 2025. Les seuils, taux et modalités peuvent évoluer d'une loi de finances à l'autre. Avant tout retrait de capital, faites confirmer les règles applicables à votre année de départ par un conseiller.
Questions fréquentes
Sécurisez l'année de votre retrait de capital
Bilan fiscal France + Suisse : seuils CEHR et CDHR, échelonnement du capital LPP, arbitrage rente ou capital.




